Quand un couple va mal, il ne manque presque jamais de mots pour décrire ce qui ne va pas. « Il ne m'écoute plus. » « On ne se parle que de logistique. » « Je me sens seule. » Ces phrases, on les connaît par cœur, on les rumine. Mais posez à ces mêmes personnes une autre question — « qu'est-ce que vous voudriez vivre, à la place ? » — et bien souvent, le silence s'installe. On sait précisément ce qu'on fuit ; on a beaucoup plus de mal à nommer ce vers quoi on veut aller.

C'est pourtant là que tout commence. Le N de la méthode NOUS, c'est Nommer : mettre des mots sur ce que l'on souhaite réellement vivre dans sa relation. Cet article ouvre une petite série consacrée aux quatre temps de la méthode, présentée dans mon article La méthode NOUS.

Fuir un problème n'indique pas la direction

Savoir ce qu'on ne veut plus ne dit pas ce qu'on veut. C'est comme connaître la ville qu'on quitte sans savoir vers laquelle on roule.

Se plaindre du problème donne l'illusion d'avancer, mais on tourne en réalité autour du même point. « Je ne veux plus qu'on se dispute » ne dit rien de ce à quoi ressemblerait une bonne journée à deux. « Je ne veux plus me sentir seule » ne décrit pas ce que serait se sentir accompagnée. Tant qu'on reste dans le négatif, l'esprit n'a aucune image concrète vers laquelle tendre — et un couple ne peut pas se diriger vers quelque chose qu'il n'a jamais formulé.

Nommer, c'est faire ce renversement : passer de « ce que je ne veux plus » à « ce que je veux ». Ce simple déplacement change l'atmosphère d'une conversation. On cesse d'énumérer des griefs pour commencer à dessiner un horizon commun.

Un exercice plus difficile qu'il n'y paraît

Formuler un souhait positif demande un vrai effort, car nous sommes entraînés à penser en creux. Essayez maintenant : complétez la phrase « Dans notre couple, j'aimerais qu'on retrouve… ». Vous verrez, le premier réflexe est souvent de repartir vers le négatif — « qu'on arrête de… ». Il faut se reprendre, et chercher la formulation positive.

Voici quelques pistes pour vous aider à nommer votre cap :

Nommer, c'est déjà se rapprocher

Il y a quelque chose de puissant à partager ce cap avec l'autre. Trop souvent, chacun rumine ses attentes en silence, persuadé que l'autre « devrait savoir ». Mais l'autre ne sait pas — ou pas comme on le croit. Dire « j'aimerais qu'on retrouve des moments rien qu'à nous » ouvre une porte que le reproche « tu ne me consacres jamais de temps » referme aussitôt.

Et souvent, en s'écoutant nommer leurs souhaits respectifs, les deux partenaires découvrent qu'ils veulent, au fond, des choses très proches. Sous les reproches se cachait le même désir : se sentir aimé, vu, important pour l'autre. Nommer révèle ce socle commun.

Des souhaits, pas des exigences

Une nuance importante : nommer ce qu'on veut vivre n'est pas dresser une liste d'exigences envers l'autre. La différence est de taille. « Je veux que tu rentres plus tôt » est une exigence, qui met l'autre en position d'accusé. « J'aimerais qu'on retrouve des soirées tranquilles ensemble » est un souhait, qui décrit un état désirable pour tous les deux et invite à chercher ensemble comment y parvenir.

Le cap qu'on nomme concerne le nous, pas ce que l'autre doit corriger. C'est cette orientation qui désamorce la défensive et rend la suite possible.

Le point de départ de tout le reste

Nommer, c'est planter le drapeau vers lequel on veut avancer. Sans ce cap, les efforts partent dans tous les sens ou s'épuisent en reproches. Avec lui, chaque petit pas prend un sens : il rapproche, ou non, de ce qu'on a nommé ensemble.

Une fois ce cap posé, la méthode NOUS invite à un deuxième temps : observer les moments où, déjà, on s'en approche. C'est l'objet du prochain article de cette série. Et si vous voulez découvrir la méthode complète, avec ses questions et ses exemples, je la développe dans mon livre Votre couple sait déjà comment aller mieux.