« Je cherche un psy. » C'est la phrase qu'on dit, qu'on tape dans Google, qu'on lance à une amie. Le problème, c'est que le mot psy ne désigne rien de précis. Il recouvre au moins cinq métiers, avec des formations différentes, des cadres légaux différents et des remboursements différents.
Personne ne prend jamais le temps de l'expliquer clairement. Voici de quoi vous y retrouver en cinq minutes — et surtout, choisir sans vous tromper de porte.
Se tromper d'interlocuteur, ce n'est pas grave. Mais c'est une démarche de plus à faire, au moment précis où l'on a le moins d'énergie pour en faire.
Le psychiatre : le seul médecin des cinq
Le psychiatre a fait médecine, puis une spécialisation en psychiatrie. C'est un docteur, au sens strict. Ce qui lui donne trois choses que personne d'autre n'a :
- Il peut prescrire des médicaments — antidépresseurs, anxiolytiques, traitements de fond.
- Il peut poser un diagnostic médical, et rédiger un arrêt de travail.
- Ses consultations sont remboursées par l'Assurance Maladie comme n'importe quelle consultation médicale, dans le cadre du parcours de soins.
On va voir un psychiatre quand la souffrance a une dimension que la parole seule ne suffit pas à soulager : dépression sévère, troubles anxieux invalidants, troubles bipolaires, situations où la sécurité est en jeu. Tous les psychiatres ne pratiquent pas la psychothérapie ; certains se concentrent sur le traitement médicamenteux et le suivi.
Le délai pour un premier rendez-vous est souvent long — plusieurs semaines, parfois plusieurs mois. Ce n'est pas une raison pour renoncer si c'est ce qu'il vous faut : votre médecin traitant peut accélérer les choses.
Le psychologue : un titre protégé par un master
Psychologue est un titre réglementé. Pour le porter, il faut un master de psychologie — cinq années d'université — et être enregistré auprès de l'Agence régionale de santé. Personne d'autre n'a le droit de s'en réclamer.
Un psychologue ne prescrit pas de médicaments. Il évalue, il accompagne, il fait passer des bilans, et selon sa formation complémentaire il pratique telle ou telle forme de psychothérapie.
Ce que rembourse « Mon soutien psy »
C'est le point que presque personne ne connaît, et il change tout pour beaucoup de gens. Le dispositif Mon soutien psy permet de consulter un psychologue partenaire avec une prise en charge :
- 12 séances par an et par personne, dès l'âge de 3 ans ;
- 50 € la séance, dont 60 % remboursés par l'Assurance Maladie — le reste étant couvert par votre complémentaire santé, ou à votre charge ;
- sans prescription obligatoire : vous pouvez prendre rendez-vous directement avec un psychologue partenaire, sans passer par votre médecin.
Deux réserves honnêtes. Tous les psychologues n'ont pas signé la convention, loin de là — il faut chercher un praticien « partenaire ». Et douze séances, c'est un cadre court : suffisant pour beaucoup de situations, insuffisant pour d'autres.
En dehors de ce dispositif, les séances chez un psychologue libéral ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. Certaines mutuelles prévoient un forfait annuel.
Le psychothérapeute : un titre protégé, et un registre
Voilà une subtilité que presque tout le monde ignore. Depuis 2010, psychothérapeute est lui aussi un titre réglementé. Il faut être inscrit au registre national tenu par les Agences régionales de santé, et cette inscription suppose un doctorat de médecine, un master de psychologie ou de psychanalyse, plus 400 heures de formation en psychopathologie clinique et un stage.
Autrement dit : un psychothérapeute est presque toujours, au départ, un médecin ou un psychologue. Le titre s'ajoute à une formation initiale, il ne la remplace pas.
La conséquence pratique pour vous : si quelqu'un se présente comme psychothérapeute, vous pouvez vérifier. Le registre est public, et c'est votre droit de demander.
Le psychanalyste : une méthode, pas un titre
Psychanalyste n'est pas un titre protégé par la loi. Ce qui fait un psychanalyste, c'est un parcours : avoir soi-même suivi une analyse longue, être supervisé, et généralement appartenir à une société de psychanalyse qui garantit ce parcours.
La psychanalyse est un travail au long cours, souvent plusieurs années, plusieurs séances par semaine parfois. Elle s'intéresse à l'inconscient, à l'histoire, aux répétitions. C'est une démarche exigeante, et elle n'a de sens que si c'est celle que vous voulez.
Thérapeute, psychopraticien : les mots que la loi ne protège pas
Nous y voilà. Thérapeute, psychopraticien, coach, praticien en relation d'aide : aucun de ces mots n'est réglementé. N'importe qui peut les employer, du mieux formé au pas formé du tout.
Ce n'est pas une raison de fuir — beaucoup de praticiens sérieux exercent sous ces appellations, souvent parce que leur approche ne relève ni de la médecine ni de la psychologie universitaire. Mais c'est une raison de regarder de plus près. Quatre choses à vérifier, et elles sont faciles :
- Quelle formation, et combien de temps ? Un cursus sérieux se compte en années, pas en week-ends. Demandez le nom de l'école et la durée.
- Quelle approche, précisément ? Un praticien qui ne sait pas nommer sa méthode en une phrase n'en a probablement pas.
- Est-il supervisé ? C'est-à-dire : parle-t-il régulièrement de sa pratique à un pair plus expérimenté ? C'est le garde-fou le plus important du métier, et il est invisible depuis l'extérieur.
- Que fait-il quand ce n'est pas pour lui ? Un praticien qui n'oriente jamais vers personne est un praticien qui pense pouvoir tout traiter. C'est le signal d'alerte le plus fiable qui existe.
Et un cinquième point, celui qui ne se vérifie pas sur un diplôme : est-ce que vous vous sentez à l'aise avec cette personne ? Toutes les études sur l'efficacité des psychothérapies convergent sur ce point — la qualité de la relation pèse davantage que la méthode employée.
Alors, lequel pour quoi ?
Aucune règle ne remplace votre jugement, mais voici de quoi dégrossir.
- Un médicament, un arrêt de travail, un diagnostic — ou une souffrance qui vous met en danger : le psychiatre, et sans attendre. En cas d'urgence, le 3114 répond gratuitement, 24 h sur 24.
- Un accompagnement remboursé, un bilan, une souffrance installée : le psychologue, en cherchant un praticien partenaire de Mon soutien psy.
- Comprendre en profondeur d'où viennent vos répétitions, sur la durée : le psychanalyste.
- Une difficulté située — un couple qui s'enlise, un cap à passer, un stress qui ne retombe pas — et l'envie que ça bouge en quelques séances : un thérapeute dont l'approche correspond à cet objectif.
Et moi, dans tout ça ?
Autant être net, puisque c'est le sujet de cet article.
Je suis thérapeute — un mot que la loi ne protège pas, et je ne vais pas prétendre le contraire. Je ne suis ni psychologue, ni psychothérapeute, ni médecin : je n'ai pas ces titres, je ne pose aucun diagnostic et je ne prescris rien. Mes séances ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale.
Puisque je viens de vous demander de vérifier les formations, voici la mienne : je suis titulaire d'un titre RNCP de sophrothérapeute — une formation certifiée par l'État, inscrite au Répertoire national des certifications professionnelles — et formé à la thérapie brève orientée solution. Je travaille en supervision. Vous pouvez me poser les quatre questions de la liste plus haut ; ce serait malvenu que je sois le seul à y échapper.
Ce que je fais, précisément : de la thérapie brève orientée solution, en individuel et en couple. On ne cherche pas pourquoi ça va mal — on construit ce qui va faire aller mieux : ce que vous aimeriez à la place, ce qui tient déjà debout chez vous, et le plus petit pas possible. Souvent, quelques séances suffisent, et je le dis dès le premier appel.
Et quand ce n'est pas pour moi, je le dis et j'oriente. C'est le quatrième point de la liste plus haut, et il vaut aussi pour moi.
Trois questions à poser avant de prendre rendez-vous
Quel que soit le professionnel, ces trois questions vous en apprendront plus que n'importe quel site internet — et un praticien sérieux ne sera jamais gêné qu'on les lui pose.
- Comment travaillez-vous, concrètement ?
- Sur combien de temps, en général, pour une situation comme la mienne ?
- Et si ce n'est pas pour vous, qu'est-ce que vous faites ?
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour voir un psychologue ?
Non. Ni pour une consultation libérale classique, ni dans le cadre de Mon soutien psy, où la prescription n'est plus obligatoire : vous pouvez prendre rendez-vous directement avec un psychologue partenaire.
Un thérapeute peut-il remplacer un psychiatre ?
Non, et personne de sérieux ne le prétendra. Un thérapeute ne prescrit pas, ne diagnostique pas et ne suit pas une situation qui relève de la médecine. Les deux peuvent en revanche se compléter : il n'est pas rare d'être suivi par un psychiatre et d'entreprendre par ailleurs un travail thérapeutique.
Combien coûte une séance, selon le professionnel ?
Chez le psychiatre, le tarif conventionné est remboursé par l'Assurance Maladie, avec d'éventuels dépassements. Dans Mon soutien psy, la séance est à 50 €, remboursée à 60 %. En libéral, hors dispositif, les tarifs des psychologues et des thérapeutes sont libres — comptez généralement entre 50 et 100 € selon la région et le format. Demandez toujours le tarif avant la première séance : personne ne devrait avoir à poser cette question à la fin.
Le mot de la fin
Ne laissez pas le flou des appellations vous retenir. La plupart des gens qui hésitent à consulter ne butent pas sur la question « lequel choisir » — ils butent sur le fait de décrocher le téléphone, et la confusion des titres leur fournit une excellente raison de remettre à plus tard.
Si vous ne savez pas par où commencer, commencez par un appel. Dix minutes suffisent souvent à savoir si c'est la bonne porte — et si ce n'en est pas une, on vous indiquera la bonne.

