C'est une question qu'on me pose souvent au téléphone, et presque toujours sur le même ton : un peu gêné, comme s'il s'agissait d'une démarche compliquée à laquelle on n'aurait pas droit sans autorisation.
La réponse courte est rassurante. Pour venir me voir, non, il n'y a aucune ordonnance à obtenir. Vous prenez rendez-vous, vous venez. La réponse longue est plus intéressante, parce que la règle diffère selon la porte à laquelle vous frappez — et parce qu'elle a changé récemment.
La règle, profession par profession
Thérapeute en libéral : aucune ordonnance
C'est le cas le plus simple. Un accompagnement en thérapie brève ne relève pas d'une prescription médicale : ce n'est pas un soin remboursé par la Sécurité sociale, donc rien ne conditionne l'accès. Vous appelez, on convient d'un créneau, c'est tout.
Le revers de cette liberté, il faut le dire : c'est aussi ce qui explique que ce ne soit pas remboursé. Je détaille les possibilités de prise en charge, notamment par les mutuelles, dans un autre article.
Psychologue via Mon soutien psy : plus d'ordonnance depuis 2024
C'est ici que se situe le changement, et il est encore mal connu. Au lancement du dispositif, il fallait passer par son médecin traitant pour obtenir un courrier d'adressage. Ce n'est plus le cas. Depuis la réforme, l'accès au psychologue conventionné se fait en direct, sans prescription.
Beaucoup de gens l'ignorent encore et renoncent en se disant qu'il faudrait d'abord décrocher un rendez-vous chez le médecin. Cette étape n'existe plus. Le dispositif couvre douze séances par an, dès 3 ans, à 50 € dont 30 € remboursés — avec quelques angles morts que j'ai détaillés ailleurs.
Psychologue hors dispositif : aucune ordonnance
Un psychologue que vous consultez en dehors de Mon soutien psy est accessible directement lui aussi. La contrepartie est qu'il n'y a pas de remboursement par la Sécurité sociale, et que le tarif est libre.
Psychiatre : attention, c'est là que ça se complique
Le psychiatre est un médecin, et il entre donc dans les règles du parcours de soins coordonné. Vous pouvez tout à fait l'appeler directement — personne ne vous en empêchera. Mais du point de vue du remboursement, la règle est précise :
- Entre 16 et 25 ans, le psychiatre est en accès direct. Vous consultez sans passer par votre médecin traitant, et vous êtes remboursé normalement.
- Au-delà de 25 ans, il faut être adressé par votre médecin traitant. Si vous prenez rendez-vous de votre propre chef, vous êtes hors parcours de soins, et le remboursement chute fortement.
Cette différence de traitement selon l'âge surprend, mais elle est bien réelle. C'est probablement la règle administrative qui coûte le plus d'argent aux gens sans qu'ils comprennent pourquoi.
CMP : pas d'ordonnance, mais un dossier
Le centre médico-psychologique s'atteint sans prescription. On appelle, on explique, et selon les secteurs il y a un premier entretien d'accueil avant l'orientation. C'est gratuit. La contrepartie est le délai, souvent long.
Pourquoi cette question revient tout le temps
Derrière « faut-il une ordonnance », il y a rarement une question administrative. Il y a presque toujours autre chose, et ça vaut la peine de le nommer.
Il y a d'abord l'idée qu'il faudrait une autorisation. Que consulter serait un acte qui demande à être validé par quelqu'un de plus légitime que soi. C'est une pensée très répandue et elle mérite qu'on s'y arrête : si vous sentez que ça ne va pas, vous n'avez besoin de la permission de personne.
Il y a ensuite l'idée qu'il faudrait un motif assez grave. On imagine qu'il faut un diagnostic, une gravité mesurable, quelque chose qui justifie de prendre la place. Non. Le seul critère qui vaille, c'est que quelque chose pèse et que ça dure.
Et il y a parfois l'espoir discret qu'une ordonnance serait nécessaire — parce que ça donnerait une raison légitime de repousser. Si vous vous reconnaissez là, ce n'est pas une faute. C'est juste bon à savoir.
Ce qui est utile, même sans être obligatoire
L'ordonnance n'est pas requise. Mais passer par son médecin traitant reste souvent une bonne idée, pour trois raisons qui n'ont rien d'administratif.
Il peut vérifier ce que le corps raconte. Fatigue, sommeil, poids, thyroïde, carences : certaines choses qui ressemblent à une dépression n'en sont pas, et l'inverse existe aussi. Un bilan lève le doute.
Il peut prescrire, et vous arrêter. Si vous ne tenez plus debout, un arrêt de quelques jours vaut mieux que de s'effondrer dans trois semaines. Et un traitement bien posé rend souvent le travail de parole possible, alors que l'inverse est rarement vrai.
Il ouvre les portes. Après 25 ans, c'est par lui que passe le psychiatre. Et il connaît le maillage local mieux qu'un moteur de recherche.
Et pour un mineur ?
La question mérite d'être traitée à part, parce que la règle n'est pas la même et qu'elle est source de beaucoup de malentendus.
En libéral, la consultation d'un mineur suppose l'accord d'un titulaire de l'autorité parentale. C'est la règle, et je m'y tiens. Mon soutien psy est ouvert dès 3 ans, avec le même principe d'accord parental.
Mais il existe des situations où un adolescent a besoin de parler et ne peut pas, ou ne veut pas, en passer par ses parents. Ces situations sont prévues. Les Maisons des adolescents reçoivent gratuitement les 11-25 ans, souvent sans rendez-vous. Les points accueil écoute jeunes fonctionnent sur le même principe. Et Fil Santé Jeunes — 0 800 235 236 — est anonyme, gratuit, pour les 12-25 ans.
Si vous êtes un parent qui lit ceci en se demandant comment amener son adolescent : ne le forcez pas à venir. Un jeune assis de force dans un fauteuil ne travaille pas. Dites-lui que la porte existe, dites-lui qu'il peut appeler seul les numéros ci-dessus, et laissez-lui le choix du moment.
Ce qu'on vous demandera au premier contact
Autre inquiétude fréquente, et qui explique une partie des appels qu'on ne passe jamais : la peur d'avoir à tout raconter au téléphone à quelqu'un qu'on ne connaît pas.
Non. Un premier contact sert à caler trois choses : ce qui vous amène, en une phrase ou deux, sans détail ; ce qui vous arrange en termes d'horaires ; et si vous préférez le cabinet ou la visio. Personne ne vous demandera de dérouler votre histoire debout dans un couloir.
Ce qui est utile, en revanche, c'est de dire si quelque chose presse. Une décision à prendre, une audience, un départ, une situation qui se dégrade vite : dites-le, ça change l'ordre des créneaux qu'on vous proposera.
Concrètement, si vous voulez commencer
Pour un rendez-vous avec moi, il n'y a rien à préparer : ni ordonnance, ni dossier, ni bilan. Vous prenez un créneau, au cabinet de Groslay ou en visio, et on part de là. Si vous voulez tout de même arriver avec quelque chose, j'ai écrit ce qui aide vraiment.
Et si vous hésitez encore sur la porte à laquelle frapper, la page qui compare les cinq voies possibles vous donnera un repère plus complet que cet article : ce que chacune coûte, le délai auquel s'attendre, et ce qu'elle permet.

