Commençons par le dire nettement, parce que ça n'arrive pas si souvent : Mon soutien psy est une bonne chose. Un dispositif public qui rembourse douze séances de psychologue par an, sans passer par le médecin, dès l'âge de 3 ans, sans condition de ressources — c'est une avancée réelle, et si vous y êtes éligible, vous auriez tort de ne pas l'utiliser.
Cet article n'est pas là pour le dénigrer. Il est là parce que je vois régulièrement des gens découvrir au mauvais moment que leur situation n'entre pas dans le cadre. Autant le savoir avant.
Comment ça marche, en clair
Le principe, dans sa version 2026 :
- Douze séances par an et par personne, année civile.
- 50 € la séance, tarif fixe, sans dépassement possible.
- 60 % remboursés par l'Assurance Maladie, soit 30 €. Les 20 € restants sont à votre charge, ou pris par votre mutuelle si elle le prévoit.
- Sans ordonnance. Vous prenez rendez-vous directement. C'était une obligation au lancement du dispositif, ça ne l'est plus.
- Dès 3 ans, sans condition de revenus.
- Depuis le 1er octobre 2026, les 30 € de la Sécurité sociale sont avancés directement : vous ne payez plus que le reste sur place.
Un seul point d'attention sur la mécanique : le psychologue doit être conventionné. Tous ne le sont pas, loin de là — beaucoup de psychologues libéraux ont fait le choix de rester en dehors, pour des raisons qui leur appartiennent et qui tiennent en partie au tarif imposé. L'annuaire officiel est sur ameli.fr, et c'est par là qu'il faut commencer.
Les quatre angles morts
1. La thérapie de couple n'est pas couverte
C'est l'angle mort le plus coûteux, parce qu'il surprend presque tout le monde. La thérapie conjugale ne fait pas partie des situations prises en charge par Mon soutien psy. C'est la réponse officielle de l'Assurance Maladie, et elle est logique au regard de la façon dont le dispositif est construit : il vise quatre situations précises, individuelles, et le couple n'en est pas une.
Concrètement : si vous cherchez à travailler ce qui se passe entre vous deux, aucun dispositif public ne le rembourse aujourd'hui. Ni Mon soutien psy, ni autre chose. C'est une vraie lacune, et c'est d'ailleurs pour ça que la question du prix d'une thérapie de couple se pose différemment de celle d'un suivi individuel.
2. Le dispositif vise une souffrance d'intensité légère à modérée
Mon soutien psy est pensé pour un périmètre défini : troubles anxieux légers à modérés, troubles dépressifs légers à modérés, mésusage de tabac, d'alcool ou de cannabis hors addiction, troubles du comportement alimentaire sans critère de gravité.
Ce qui en sort : les situations d'urgence, le risque suicidaire, les signes de décompensation, les troubles sévères. Non par mesquinerie, mais parce que ces situations relèvent du psychiatre ou d'une structure spécialisée, et qu'il serait dangereux de les diriger vers douze séances de soutien.
Si vous êtes dans cette zone-là, la bonne porte n'est pas Mon soutien psy. Elle est chez votre médecin, ou au 3114.
3. Douze séances, c'est douze séances
Le compteur est annuel et il est ferme. Pour beaucoup de situations, douze séances suffisent largement — c'est d'ailleurs l'ordre de grandeur d'une thérapie brève bien menée. Mais si votre situation demande davantage, la treizième séance est à plein tarif, et il faut attendre le 1er janvier pour que le compteur reparte.
Ce n'est pas un piège, c'est un cadre. Mais un cadre qu'il vaut mieux connaître avant de commencer, pour ne pas construire un travail sur une durée qui n'existe pas.
4. Il faut qu'il y ait un psychologue conventionné près de chez vous
C'est l'angle mort le plus bête et le plus fréquent. Le droit existe, le remboursement existe, et il n'y a personne à trente kilomètres. Ou il y a quelqu'un, mais sa liste est pleine jusqu'en février.
Le dispositif ne crée pas de praticiens. Il solvabilise une demande sur une offre qui, elle, n'a pas bougé. Dans les zones où les psychologues conventionnés sont rares, l'effet concret est surtout d'allonger les files. J'ai écrit un article entier sur ces délais, parce que c'est là que la plupart des gens abandonnent.
Ce que ça change pour les gens comme moi
Autant être transparent sur ma position : je ne suis pas psychologue, donc je ne peux pas être conventionné. Le dispositif est réservé aux psychologues, c'est ainsi et c'est cohérent — le titre de psychologue est protégé par la loi et suppose un cursus universitaire précis. J'ai expliqué qui fait quoi parmi tous ces mots dans un article dédié, parce que le vocabulaire est un vrai labyrinthe.
Donc oui, Mon soutien psy est une concurrence directe, et depuis octobre 2026, avec l'avance des 30 €, une concurrence plus fluide encore. Je ne vais pas faire semblant de m'en réjouir commercialement. Mais si vous êtes éligible, que vous trouvez un psychologue conventionné disponible et que ça vous convient : allez-y. C'est votre droit et c'est de l'argent public bien employé.
Ce que je propose est ailleurs. La disponibilité, d'abord — quelques jours plutôt que quelques mois. Le format, ensuite : le couple, que le dispositif ne couvre pas. Et une approche particulière, la thérapie brève orientée solution, qui ne cherche pas à remonter aux causes mais part de ce que vous voulez voir changer.
Et après les douze séances ?
C'est la question qu'on se pose rarement en commençant, et toujours à la dixième séance.
Trois cas de figure. Le plus fréquent, et le plus heureux : douze séances ont suffi, vous vous arrêtez là. C'est l'ordre de grandeur d'un travail bien mené sur une difficulté circonscrite, et il n'y a aucune raison de continuer par principe.
Deuxième cas : il faut poursuivre, et vous continuez avec le même psychologue à son tarif libre. La relation est déjà construite, c'est souvent le plus simple.
Troisième cas : il faut poursuivre et le tarif plein n'est pas tenable. C'est là qu'il faut regarder ailleurs — votre mutuelle, qui prévoit peut-être un forfait, un dispositif de votre employeur, une consultation à tarif réduit dans votre commune. J'ai fait le tour de ces pistes ici, et certaines sont vraiment méconnues.
Le compteur, lui, repart au 1er janvier.
Trouver un psychologue conventionné, concrètement
L'annuaire officiel est sur ameli.fr : on y cherche par commune et le résultat liste les psychologues qui ont signé la convention. C'est la seule source fiable — un praticien peut très bien afficher « Mon soutien psy » sur son site sans être à jour.
Deux conseils pratiques. Élargissez la recherche aux communes voisines dès le départ : en petite couronne, dix kilomètres changent parfois tout. Et quand vous appelez, demandez directement s'il reste des créneaux dans le cadre du dispositif, parce que certains praticiens conventionnés réservent un quota et le reste de leur agenda est en tarif libre.
Les deux ne s'opposent pas
On raisonne trop souvent comme s'il fallait choisir un camp. C'est faux, et c'est même contre-productif.
Il est parfaitement possible d'utiliser vos douze séances chez un psychologue conventionné pour un travail individuel, et de faire par ailleurs quelques séances de couple ailleurs. Comme il est possible d'être suivi par un psychiatre pour un traitement, et de travailler en parallèle avec quelqu'un d'autre sur ce que vous voulez changer dans votre vie. Les professionnels sérieux ne s'en offusquent pas — ils le recommandent.
La seule règle : dites-le aux personnes concernées. Un accompagnement caché à l'autre ne sert personne.
Par où commencer, concrètement
Si vous lisez cet article parce que vous cherchez de l'aide et que vous essayez de comprendre le système, voici la séquence la plus économe :
- Regardez l'annuaire des psychologues conventionnés sur ameli.fr, autour de chez vous. Si quelqu'un est disponible et que votre situation entre dans le cadre, vous avez trouvé.
- Si personne n'est disponible, posez quand même une demande, et posez-en une au CMP en parallèle. Ça ne coûte rien et ça n'engage à rien.
- Prenez rendez-vous chez votre médecin cette semaine. C'est la porte la plus rapide, et il peut faire beaucoup plus que ce qu'on imagine.
- Si vous ne pouvez pas attendre, ou si votre situation ne rentre dans aucune case — le couple, typiquement — alors regardez du côté du libéral en sachant ce que ça coûte.
Le tableau complet des cinq voies possibles est ici : ce que chacune coûte, le temps qu'elle demande, et ce qu'elle permet vraiment.

